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Statistiques NPL Maroc : comment lire le rapport de supervision bancaire

Stock, taux de sinistralité, couverture et composition — ce que disent vraiment les chiffres BAM.

Auteur
Serenor Capital
Publié
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9 min de lecture

Les statistiques sur les créances en souffrance au Maroc sont publiées chaque année par Bank Al-Maghrib dans son rapport sur la supervision bancaire. Ce document constitue la source officielle pour mesurer l'encours des NPL, leur ratio par rapport aux crédits sains, le taux de couverture par les provisions et la répartition par catégorie de risque. Fin 2025, l'encours total atteignait 102,3 milliards de dirhams, soit un taux de 8,3% sur base sociale et 8,8% sur base consolidée.

Savoir lire ces statistiques est indispensable pour toute analyse du marché marocain des créances dégradées. Les chiffres bruts ne suffisent pas : il faut comprendre leur construction, leurs limites et leur articulation avec les autres indicateurs prudentiels.

Structure du rapport de supervision bancaire

Le rapport annuel de la Direction de la Supervision Bancaire (DSB) de Bank Al-Maghrib couvre l'ensemble de l'activité des établissements de crédit. La section consacrée aux créances en souffrance s'inscrit dans le chapitre sur la qualité des actifs.

Sources des données

Les statistiques proviennent des reportings réglementaires transmis par les établissements de crédit. Bank Al-Maghrib agrège ces données et les publie sous forme de tableaux et de graphiques commentés.

Deux périmètres de consolidation sont généralement présentés :

Base sociale : données des établissements pris individuellement, sans consolidation des filiales étrangères ou des entités non bancaires du groupe.

Base consolidée : données intégrant l'ensemble du périmètre de consolidation prudentielle, y compris les filiales à l'étranger.

Cette distinction explique les écarts entre les deux ratios publiés. Les filiales africaines de certains groupes bancaires marocains présentent des taux de créances en souffrance différents de ceux observés au Maroc.

Indicateurs clés à surveiller

Le rapport fournit plusieurs métriques complémentaires :

| Indicateur | Définition | Valeur fin 2025 | |------------|------------|-----------------| | Encours créances en souffrance | Total des créances classées pré-douteuses, douteuses ou compromises | 102,3 Md MAD | | Taux base sociale | Ratio créances en souffrance / crédits par décaissement (entités marocaines) | 8,3% | | Taux base consolidée | Même ratio sur périmètre consolidé | 8,8% | | Taux de couverture | Provisions / créances en souffrance | 68% | | Crédits par décaissement bruts | Dénominateur du ratio | ~1 238 Md MAD |

Ces indicateurs doivent être analysés conjointement. Un taux de créances en souffrance élevé peut être compensé par un taux de couverture important, limitant le risque résiduel pour les établissements.

Décomposition par catégorie de risque

La répartition de l'encours entre les trois catégories réglementaires révèle la structure du stock de créances dégradées.

Données fin 2025

| Catégorie | Encours | Part du total | |-----------|---------|---------------| | Pré-douteuses | 4,9 Md MAD | ~5% | | Douteuses | 14,7 Md MAD | ~14% | | Compromises | 82,7 Md MAD | ~81% | | Total | 102,3 Md MAD | 100% |

Cette répartition traduit une caractéristique structurelle du marché marocain : les créances tendent à s'accumuler dans la catégorie compromises plutôt qu'à se résoudre ou à remonter vers un statut sain.

Interprétation de la concentration

La prépondérance des créances compromises (81% de l'encours) s'explique par plusieurs facteurs :

Ancienneté du stock : une partie significative des créances compromises correspond à des dossiers anciens, parfois hérités de plusieurs cycles économiques.

Difficultés de recouvrement : les procédures judiciaires longues et les obstacles à la réalisation des sûretés ralentissent la sortie des créances du bilan.

Rythme de déclassement : les créances progressent plus vite vers le statut compromis qu'elles n'en sortent par recouvrement ou passage en perte.

Pour comprendre les mécanismes de classification, un article dédié détaille les critères de passage d'une catégorie à l'autre.

Le taux de créances en souffrance

Le ratio créances en souffrance / crédits par décaissement constitue l'indicateur de référence pour évaluer la qualité du portefeuille de crédit du secteur bancaire.

Calcul et interprétation

Taux de créances en souffrance = Encours créances en souffrance / Crédits par décaissement bruts × 100

À fin 2025, ce taux s'établissait à 8,3% sur base sociale, calculé sur un encours de crédits par décaissement d'environ 1 238 milliards de dirhams.

Ce niveau situe le Maroc dans une zone intermédiaire. Un taux supérieur à 5% signale généralement une qualité d'actifs dégradée nécessitant une attention particulière. Un taux supérieur à 10% indiquerait une situation de stress significatif.

Différence entre base sociale et consolidée

L'écart de 0,5 point entre le taux social (8,3%) et le taux consolidé (8,8%) reflète la contribution des filiales à l'étranger. Plusieurs groupes bancaires marocains opèrent en Afrique subsaharienne, où les taux de créances en souffrance sont souvent plus élevés.

Cette différence doit être prise en compte dans l'analyse comparative. Comparer le taux marocain social aux taux consolidés d'autres juridictions introduirait un biais méthodologique.

Le taux de couverture par les provisions

Le taux de couverture mesure la capacité des provisions constituées à absorber les pertes potentielles sur les créances en souffrance.

Calcul et niveau observé

Taux de couverture = Provisions pour créances en souffrance / Encours créances en souffrance × 100

Fin 2025, ce taux atteignait 68%. Ce niveau indique que les établissements ont constitué des provisions représentant plus des deux tiers de l'encours des créances dégradées.

Facteurs influençant la couverture

Plusieurs éléments déterminent le niveau de couverture :

Structure du portefeuille : un portefeuille dominé par les créances compromises requiert mécaniquement des provisions plus élevées.

Qualité des sûretés : des garanties solides (hypothèques sur actifs liquides) permettent de réduire le provisionnement.

Politique de provisionnement : certains établissements adoptent des approches plus conservatrices que le minimum réglementaire.

Normes comptables : l'application d'IFRS 9 par les groupes cotés peut générer des écarts avec le provisionnement prudentiel.

Contexte : l'encours de crédit global

Les statistiques sur les créances en souffrance prennent leur sens rapportées à l'encours total de crédit distribué par le secteur bancaire.

Volume de crédits par décaissement

Fin 2025, les crédits par décaissement bruts atteignaient environ 1 238 milliards de dirhams. Ce montant constitue le dénominateur du ratio de créances en souffrance.

Les crédits par décaissement comprennent :

  • Crédits à l'équipement
  • Crédits immobiliers
  • Crédits à la consommation
  • Crédits de trésorerie
  • Autres crédits aux entreprises et particuliers

Sont exclus les crédits par signature (cautions, garanties) et les engagements hors bilan, qui font l'objet d'un traitement prudentiel distinct.

Évolution et tendances

Le rapport DSB présente généralement des séries historiques permettant d'observer les tendances. L'analyse de ces évolutions aide à distinguer :

  • Les effets de cycle économique
  • Les impacts de chocs sectoriels spécifiques
  • Les résultats des politiques de provisionnement et de sortie de créances

Pour une vision plus complète du marché, voir notre analyse sur les créances en souffrance au Maroc.

Lecture critique des statistiques

Les données officielles constituent une base solide mais présentent certaines limites qu'il convient de connaître.

Ce que les statistiques mesurent

Les chiffres publiés reflètent la classification prudentielle appliquée par les établissements selon les règles de Bank Al-Maghrib. Ils mesurent donc la conformité réglementaire plus que la réalité économique des créances.

Une créance classée en compromis depuis plusieurs années peut avoir une valeur de recouvrement nulle ou, au contraire, présenter des perspectives de récupération partielle. Le classement ne distingue pas ces situations.

Ce que les statistiques ne disent pas

Plusieurs dimensions échappent aux statistiques agrégées :

Ancienneté des créances : le rapport ne ventile pas systématiquement l'encours par millésime d'entrée en souffrance.

Répartition sectorielle détaillée : les ventilations par secteur économique sont généralement limitées aux grandes catégories.

Valeur des sûretés : l'encours garanti est parfois indiqué, mais la valeur de réalisation des sûretés reste opaque.

Taux de récupération historiques : les performances de recouvrement effectives ne sont pas publiées de manière systématique.

Ces informations, essentielles pour la valorisation de portefeuille, doivent être reconstituées par d'autres moyens lors d'une due diligence.

Utilisation des statistiques dans l'analyse

Les données BAM servent de cadre de référence pour plusieurs types d'analyse.

Benchmarking sectoriel

Un établissement peut comparer son propre taux de créances en souffrance au taux sectoriel. Un écart significatif signale soit une politique de crédit plus risquée, soit des difficultés spécifiques à certains segments de clientèle.

Dimensionnement du marché potentiel

L'encours total de 102,3 milliards de dirhams représente le stock théorique maximal de créances susceptibles de faire l'objet de cessions. En pratique, seule une fraction de ce stock est effectivement mise sur le marché chaque année.

Les acteurs du marché des NPL utilisent ces données pour estimer les volumes de transactions potentielles et calibrer leurs stratégies de développement.

Calibrage des modèles de valorisation

Les ratios sectoriels alimentent les hypothèses des modèles de valorisation. Le taux de couverture moyen fournit une indication sur les niveaux de décote pratiqués par les banques elles-mêmes.

Pour une analyse approfondie de l'écart entre valeur comptable et valeur économique, voir notre article sur provision et valeur économique.

Évolutions réglementaires récentes

Le cadre de reporting évolue régulièrement. La circulaire adoptée par le Comité des Établissements de Crédit le 5 décembre 2025 renforce certaines obligations de déclaration.

Impact sur les statistiques futures

Les prochaines éditions du rapport DSB pourraient présenter une granularité accrue, notamment :

  • Ventilation plus fine par segment de clientèle
  • Indicateurs d'ancienneté du stock
  • Données sur les flux d'entrée et de sortie des catégories

Ces évolutions amélioreront la lisibilité du marché pour l'ensemble des parties prenantes.

Articulation avec les standards internationaux

Bank Al-Maghrib aligne progressivement ses définitions sur les standards du Comité de Bâle et les pratiques de l'Autorité Bancaire Européenne. Cette convergence facilite les comparaisons internationales mais peut générer des ruptures de série dans les statistiques historiques.

Fréquence et calendrier de publication

Le rapport sur la supervision bancaire est publié annuellement, généralement au cours du premier semestre de l'année suivant l'exercice couvert.

Disponibilité des données

Le rapport 2025 a fait l'objet d'une présentation publique et reste accessible sur le site de Bank Al-Maghrib. Le document PDF complet et le communiqué de presse fournissent l'ensemble des données commentées dans cet article.

Données infra-annuelles

Bank Al-Maghrib publie également des statistiques monétaires mensuelles et trimestrielles, mais les indicateurs détaillés sur les créances en souffrance ne sont généralement disponibles qu'en fréquence annuelle avec un décalage de plusieurs mois.

Pour un suivi régulier des évolutions réglementaires, consultez notre article sur la classification BAM.

Sources et références

  • Bank Al-Maghrib, Rapport annuel sur la supervision bancaire – Exercice 2025, Direction de la Supervision Bancaire. Télécharger le rapport (PDF)
  • Bank Al-Maghrib, Communiqué de présentation du rapport DSB 2025
  • Données statistiques : encours créances en souffrance 102,3 Md MAD, taux 8,3% (social) / 8,8% (consolidé), couverture 68%, crédits décaissement bruts ~1 238 Md MAD, ventilation pré-douteuses 4,9 Md / douteuses 14,7 Md / compromises 82,7 Md – situation fin 2025

Questions fréquentes

Quel était l’encours des créances en souffrance fin 2025 ?
Selon le Rapport annuel sur la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib au titre de l’exercice 2025, l’encours s’établissait à 102,3 milliards de dirhams à fin 2025, soit un taux de sinistralité de 8,3 % sur base sociale.
Quelle est la différence entre base sociale et consolidée ?
La base sociale porte sur les établissements pris individuellement au Maroc ; la base consolidée intègre le périmètre de consolidation des groupes. Fin 2025, Bank Al-Maghrib publiait 8,3 % sur base sociale et 8,8 % sur base consolidée.

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Les analyses de Serenor Capital portent sur les créances en souffrance, leur valorisation et le développement du marché du crédit en difficulté au Maroc.

Cette note constitue un commentaire général sur la méthode et la structure de marché. Elle ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil juridique, ni une recommandation relative à un portefeuille, une opération ou un actif financier.

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